« Mon travail chorégraphique s’appuie sur des actions telles que frapper, éviter, lancer ou attraper, dont je détourne les buts et les contextes habituels. Ancrées dans des situations physiques concrètes, elles font apparaître des qualités d’énergie, d’accélération et de tension qui ne renvoient ni à un récit ni à une forme abstraite. Elles engagent notre mémoire corporelle, notre empathie kinesthésique et notre affectivité.

Avec cette nouvelle création, je souhaite prolonger cette expérience du mouvement aux différentes échelles de la pièce. Un geste peut être perçu dans toute sa précision, puis entrer en relation avec d’autres mouvements, trouver un prolongement dans un autre corps ou se diffuser dans le groupe. La perception se déplace ainsi entre l’engagement d’un interprète, les relations entre plusieurs corps et des formes plus collectives.

La musique de Sa Pa est étroitement associée à cette recherche. Elle se situe entre deep techno et field recording et travaille les relations entre pulsation, texture et espace sonore. Ses compositions font évoluer progressivement la perception du rythme et de la matière. La pulsation peut affleurer, s’effacer ou acquérir une présence physique. Cette manière de transformer une situation sonore dans la durée entre directement en résonance avec l’expérience chorégraphique que je souhaite développer.

Avec Éric Soyer, la lumière est pensée comme une manière de faire évoluer la présence des corps et notre perception de l’espace. Des transformations progressives de l’intensité, des angles ou de la qualité de la lumière peuvent modifier notre perception des distances, des volumes et des relations entre les interprètes, et faire apparaître autrement un même mouvement.

À l’échelle de la pièce, la composition devient ainsi une manière de moduler l’expérience du geste. Elle peut resserrer l’attention sur une inflexion presque imperceptible, l’élargir à plusieurs corps, laisser une énergie se diffuser dans le groupe ou faire émerger la force plus immédiate d’une pulsation. Il ne s’agit pas de juxtaposer ces expériences, mais de chercher comment elles peuvent se prolonger et se transformer les unes dans les autres.

La forme se construit à travers ces déplacements de l’attention et de la sensation. Danse, musique et lumière participent à un même continuum, où le mouvement peut être éprouvé à différentes échelles : dans la précision d’un geste, dans l’engagement physique d’un corps, dans les relations entre plusieurs interprètes ou dans la perception de l’ensemble. »

Noé Soulier, septembre 2026

Distribution :
Conception et chorégraphie : Noé Soulier
Avec sept danseur·euses : Stephanie Amurao, Julie Charbonnier, Yumiko Funaya, Robson Ledesma, Nitsan Margaliot, Mélisande Tonolo, Noa Vecrigner
Musique : Sa Pa
Création lumière : Eric Soyer
Assistante : Alina Tskhovryebova